CHRONIQUE - Santé
Le Lipstick Effect n'a jamais vraiment parlé de rouge à lèvres.
Des millions de femmes ont un autre message.
Publié le 10/02/2026 10:04:49

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Le Lipstick Effect n'a jamais vraiment parlé de rouge à lèvres.
Il est étonnant de constater qu'une des théories les plus célèbres sur le comportement des femmes soit née... dans les bureaux d'économistes.
Au début des années 2000, plusieurs analystes observent un phénomène récurrent. Les crises économiques freinent les achats importants : les voitures se vendent moins, les projets immobiliers sont reportés, les dépenses considérées comme "non essentielles" diminuent. Pourtant, un produit échappe à cette logique. Les ventes de rouges à lèvres résistent, parfois même progressent. Le phénomène est baptisé Lipstick Effect et entre rapidement dans les livres d'économie comportementale.
Les chiffres sont exacts, l'observation aussi mais il suffit parfois qu'une théorie soit juste pour qu'elle oublie l'essentiel.
La première fois que j'ai découvert cette expression, je n'ai pas pensé à une courbe. J'ai eu la sensation, presque physique, que toutes les femmes qui m'avaient précédée se levaient en moi. Mes arrière-grands-mères, mes grands-mères, ma mère, mais aussi toutes celles dont je ne connaîtrai jamais le nom et qui ont pourtant laissé une empreinte dans la vie des femmes d'aujourd'hui. Les femmes de l'ombre comme les femmes de lumière. Celles qui ont travaillé sans être reconnues, élevé des enfants sans jamais s'arrêter, aimé, perdu, recommencé, traversé des guerres, des deuils, des faillites, des maladies ou des séparations avec cette discrétion qui caractérise souvent les plus grands courages.
Et toutes semblaient poser la même question.
"Comment avez-vous pu regarder nos rouges à lèvres sans voir les femmes qui les portaient ?"
Pendant qu'ils observaient des courbes, des millions de femmes essayaient simplement de tenir debout.
Cette phrase ne m'a plus quittée.
Une courbe économique ne raconte jamais ce qui se passe devant un miroir un matin où l'on n'a pas dormi. Elle ne montre ni les mains qui tremblent avant un entretien d'embauche, ni cette mère qui ravale ses larmes avant de réveiller ses enfants, ni cette femme qui reste quelques minutes immobile dans sa voiture après avoir signé les papiers de son divorce. Elle ne dit rien non plus de celle qui accompagne un parent à l'hôpital, de l'entrepreneure qui doute en silence ou de cette grand-mère qui continue à se préparer avec soin alors que la vie lui a déjà demandé bien plus qu'elle n'aurait cru pouvoir donner.
L'économie mesure un comportement. La vie, elle, raconte une tout autre histoire.
Nous avons souvent considéré le rouge à lèvres comme un symbole de beauté, parfois même de coquetterie ou de superficialité. Je crois que nous nous sommes trompés de sujet. Le rouge à lèvres n'a jamais été le personnage principal. Ce qui mérite d'être regardé, c'est ce qui pousse une femme à accomplir ce geste précisément lorsque tout semble vaciller autour d'elle.
Les psychologues connaissent bien la puissance des rituels. Dans les périodes d'incertitude, notre cerveau cherche instinctivement des repères, des gestes familiers, des habitudes qui redonnent une impression de continuité lorsque tout paraît basculer. Ces rituels ne résolvent pas les problèmes. Ils rappellent simplement que nous sommes encore capables d'agir, de choisir, de reprendre un tout petit peu de contrôle sur une réalité qui nous échappe.
C'est peut-être pour cette raison que tant de grandes transformations commencent de manière presque invisible.
Une femme refait son lit après plusieurs jours où elle n'avait plus la force de se lever.
Une autre remet le parfum qu'elle avait abandonné depuis des mois.
Une troisième ouvre son tiroir, saisit son rouge à lèvres, se regarde quelques secondes dans le miroir et le repose sur ses lèvres avec une lenteur qui n'a rien à voir avec le maquillage.
Le monde n'a pas changé, ses problèmes non plus mais quelque chose s'est remis en mouvement.
J'ai longtemps pensé que le Lipstick Effect était une théorie économique brillante.
Aujourd'hui, je crois qu'elle raconte surtout l'histoire d'un immense malentendu.
Nous avons étudié un produit alors qu'il fallait écouter les femmes. Nous avons commenté un acte de consommation sans voir qu'il était parfois un acte de résistance. Nous avons parlé de luxe accessible là où il était souvent question de dignité, de reconstruction, de courage silencieux.
C'est cette histoire que nous avons choisi de raconter avec Lipstick Effect.
Pas celle d'un rouge à lèvres, celle des femmes.
De toutes celles qui savent qu'il existe des jours où reprendre le pouvoir sur un geste minuscule suffit à empêcher une épreuve de nous définir entièrement. Des jours où l'on ne se prépare pas pour être regardée, mais pour se reconnaître soi-même dans le miroir.
Le véritable Lipstick Effect n'est probablement pas celui qui a retenu l'attention des économistes.
C'est celui qui rappelle, génération après génération, qu'une femme peut traverser les tempêtes sans renoncer à celle qu'elle est.
Et cette force-là ne se mesure dans aucune statistique.
Et vous ?
Existe-t-il un geste si simple qu'il vous aide, certains jours, à vous retrouver vous-même avant d'affronter le monde ?
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